Rencontre avec Thierry Souccar, auteur d'un ouvrage qui remet en cause les idées reçues entourant les produits laitiers. Ses arguments soulèvent un débat nécessaire.
Laitages : un avenir incertain ?
T.S. : La consommation de lait de vache peut avoir des conséquences inattendues. En effet, le lait contient des facteurs de croissance destinés aux veaux, qui peuvent influencer la multiplication cellulaire, qu'elle soit bénéfique ou non. De plus, avec le traitement des vaches pendant la gestation, la présence d'oestrogènes dans le lait a augmenté. Une surconsommation de calcium pourrait également nuire à notre taux de vitamine D, reconnue pour ses propriétés anticancéreuses. Ensemble, ces éléments ont été corrélés à un risque accru de cancers, notamment de la prostate et de l'ovaire.
Faut-il modifier nos habitudes alimentaires ?
T.S. : Plutôt que de bannir les produits laitiers, il est crucial de réfléchir à nos choix. Si les directives françaises encouragent une consommation élevée de calcium et recommandent jusqu'à trois produits laitiers par jour, l'Institut américain pour la recherche sur le cancer privilégie une consommation modérée, suggérant de ne pas dépasser deux produits laitiers quotidiennement. L'ouvrage Lait, mensonges et propagande de Thierry Souccar présente ces enjeux si actuels.
Que révèle la recherche sur les produits laitiers ?
Thierry Souccar : Une découverte majeure est que l'absorption élevée de calcium ne garantit pas la santé osseuse. Bien au contraire, de nombreuses études indiquent une meilleure santé osseuse chez les personnes qui consomment peu de produits laitiers ou de protéines animales. Par exemple, malgré une consommation de lait trois fois supérieure à celle des Japonais, les fractures du col du fémur sont trois fois plus fréquentes en Australie, les États-Unis et en Nouvelle-Zélande. Cela soulève une question : comment expliquer un tel paradoxe ?
En effet, une densité osseuse élevée acquise par une surconsommation de laitages pourrait trop solliciter les mécanismes de réparation osseuse. Le capital cellulaire étant limité, ce phénomène pourrait entraîner des déséquilibres à partir de 50 ans, ouvrant la voie à des problèmes osseux.







