Le champagne rosé fait un tabac ! Info ou intox ?
La popularité du champagne rosé ne fait aucun doute, tant et si bien que certaines marques craignent déjà une pénurie. Est-ce justifié ou s'agit-il simplement d'un battage médiatique ?
Ce phénomène n'est pas qu'une tendance française ; il touche les amateurs de champagne à travers le monde entier. Pour donner une idée de son essor, les rosés n'étaient que 2,5 % des exportations de champagne en 1977. Ce chiffre est monté à 4,8 % en 2004, puis à 5,6 % en 2005, atteignant même entre 9 et 10 % en 2006 (source CIVC). Les principaux consommateurs sont, dans l'ordre, la Grande-Bretagne, les États-Unis et le Japon.
La principale raison de cet engouement est l'évolution de la consommation du champagne. Autrefois réservé aux desserts ou aux grandes occasions, il devient un apéritif ou un simple accompagnement de repas, et ce, à tout moment. La couleur rose, longtemps associée à des stéréotypes, s'est réinventée en tant que symbole de modernité, d'amour et de féminité, s'étendant même à des objets du quotidien tels que des frigos ou des vêtements. Cette couleur tendance fait également grimper les prix, car le champagne rosé se vend souvent plus cher que les cuvées « brut sans année ».
Une dynamique inédite sur le marché
Bruno Paillard, reconnu pour son rosé Première cuvée, souligne que le rosé représente désormais 20 % de ses ventes, une proportion en constante augmentation. Il envisage même de réguler cette demande. Béatrice Cointreau, présidente de Gosset, confirme cette tendance en évoquant une hausse de 46 % de ses ventes de rosé par rapport à l'année précédente, avec une progression significative à l'export (+ 64 %) comparée à celle en France (+ 30 %).
Un changement dans l'image du champagne
Cécile Bonnefond, présidente de Veuve Clicquot, explique que cette tendance pourrait perdurer. En 2001, elle a demandé à son chef de cave d'élaborer un rosé sans année, un projet qui a depuis permis à la marque de produire deux fois plus de rosé millésimé. Toutefois, le succès du rosé pourrait aussi avoir des implications sur l'image du champagne, le rapprochant des « vins de plaisir » au détriment de son image d'excellence.
Les préoccupations des producteurs
Ghislain de Montgolfier de Champagne Bollinger aborde la question avec prudence. Il met en garde contre le risque d'une production rapide de rosés de qualité inférieure. Pour maintenir l'excellence, il préconise de respecter des rendements réduits de 7 000 à 8 000 kg de raisins par hectare, cherchant ainsi à préserver le lien avec le terroir. De plus,
deux types de rosés émergent : l'un léger et accessible, l'autre plus complexe et robuste. Le premier connaît déjà un succès commercial, mais le défi reste de ne pas sacrifier l'authenticité du champagne dans cette quête de marché.







